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«La crise alimentaire et énergétique ralentirait de 7 ans les efforts de lutte contre la pauvreté»

Dans cette interview exclusive, le Dr Ngozi Okonjo Iweala, directrice Afrique, Europe et Moyen-Orient de la Banque mondiale, déclare que « 100 millions de personnes pourraient être confrontées à la pauvreté si nous n’agissons pas contre l’actuelle crise alimentaire et énergétique ». Alors que ces crises ne montrent aucun répit, que fait la Banque mondiale ? Quelle est la gravité de la situation et quelles sont les perspectives ? Eléments de réponses.

(Reprise de l'article du numéro 42, 4 au 10 septembre 2008)

Propos recueillis par Charles Bambara, Londres

 

Dr Ngozi Okonjo Iweala : « Cette croissance doit être inclusive, afin que les moins riches en bénéficient également. »

Dr Ngozi Okonjo Iweala : « Cette croissance doit être inclusive, afin que les moins riches en bénéficient également. »

Les Afriques : Quelles sont vos priorités ?

Dr Ngozi Okonjo-Iweala : Tout d’abord, je dois soutenir le président Robert Zoellick en essayant de faire en sorte que la Banque mondiale reste à l’avant-garde de la lutte contre la pauvreté dans le monde, en aidant les pays à créer de la richesse, à travailler pour la croissance. Mais cette croissance doit être inclusive, afin que les moins riches en bénéficient également.

 

LA : Le principal sujet de préoccupation aujourd’hui, c’est la montée des prix des denrées alimentaires, que fait la Banque mondiale pour aider les pays africains ?

Dr NOI : Merci de soulever cette question. Au Liberia par exemple les prix des denrées alimentaires ont augmenté de 25% au cours des derniers mois, certains pays connaissent des augmentations de deux voire trois chiffres de leur facture de carburant, et donc effectivement le continent est très secoué par cette crise. Et au niveau mondial, il en est de même. Sans entrer dans les détails, la Banque a approuvé, par exemple, un fond de facilité d’urgence de 1,2 milliard de dollars, avec les deux millions de dollars affectés au volet subvention, afin d’aider les pays à faire face à cette situation. Et nous avons les dossiers de 26 pays à examiner pour les différentes affectations financières. Nous en avons déjà retenu quelques uns. Notre premier objectif est d’aider les pays à soutenir leurs agriculteurs, car vous savez que la saison pluvieuse est en cours déjà dans certaines régions. Il faut que ces agriculteurs puissent faire face aux dépenses de fertilisants. Il faut aussi saisir cette opportunité pour accroître les rendements, afin qu’il puissent nourrir leurs familles, et aussi le pays, et même, pourquoi pas, penser à l’exportation.

 

LA : A côté de cette crise alimentaire, il y a aussi la crise énergétique, en Afrique, et il y a des pays producteurs et importateurs de pétrole. Comment le continent aborde-t-il cette crise pétrolière ?

Dr NOI : Des pays comme le Nigeria, l’Angola, la Guinée équatoriale, le Gabon et bien d’autres encore bénéficient de cette crise du fait de cette montée sans précédent des prix des matières premières en général. Mais il ne s’agit pas seulement du pétrole. Il y a un boom des prix de plusieurs autres matières premières que les pays africains exportent. Il y a le gaz et les métaux précieux, qui enregistrent à l’heure actuelle une croissance phénoménale de leurs prix. La question est de savoir comment ces ressources additionnelles sont gérées pour qu’elles profitent à l’ensemble de la population sur le long terme. Et l’autre question est de savoir comment aider ces pays qui sont importateurs de pétrole, car beaucoup ont un budget sérieusement affecté par la double crise, alimentaire et énergétique. Leur stabilité macroéconomique est menacée. Et si nous ne les aidons pas, certains acquis seront annihilés. La Banque mondiale estime que l’actuelle crise pourrait ramener de sept ans en arrière les efforts de lutte contre la pauvreté. 100 millions de personnes pourraient être confrontées à la pauvreté si nous n’agissons pas.

Il y a des problèmes d’infrastructures en RDC qui nécessitent des investissements énormes. Le secteur de l’éducation a aussi besoin d’investissements considérables, tout comme la santé.

 

LA : A quelques jours des élections en Angola, un pays que vous avez récemment visité, comment expliquez-vous la croissance fulgurante de ce pays ?

DR NOI : L’Angola, grâce justement au boom pétrolier, tire aujourd’hui son épingle du jeu. Cette année son taux de croissance est estimé à 23%. La question aujourd’hui en Angola est la transition vers un pays à revenu intermédiaire, avec les défis de gestion de cette période de croissance qui n’est pas infinie. Elle aura une fin qu’il faut déja anticiper. Comment donc utiliser les ressources pour diversifier l’économie ? Et cette question ne concerne pas seulement l’Angola mais aussi les autres pays producteurs de pétrole. Car il faut effectivement canaliser les ressources vers d’autres secteurs, en accroissant, par exemple, les rendements agricoles, en mettant en place un environnement adéquat pour créer des emplois et des industries manufacturières. Comment améliorer ces infrastructures ? Des routes meilleures, l’accès à l’électricité, l’accès à l’eau, ce sont là les besoins actuels de l’Angola que le pays peut financer si l’économie est bien gérée.

 

LA : A côté de l’Angola, il y a la République démocratique du Congo. Comment expliquer, au-delà de la récente guerre, que malgré des ressources phénoménales ce pays connaisse un vrai retard de développement comparé à l’Angola ?

Dr NOI : Si vous étudiez l’histoire de ce pays et si vous regardez combien il est vaste, vous comprendrez mieux ses défis. Il y a des problèmes d’infrastructures dans ce pays qui nécessitent des investissements énormes. Le secteur de l’éducation a aussi besoin d’investissements considérables, tout comme la santé. Je crois qu’il faut d’abord désenclaver les régions en investissant dans les infrastructures pour pouvoir exploiter plus facilement les vastes ressources minières dont le pays dispose. Et cela prendra du temps car nous avons àffaire à un pays qui évolue dans cet environnement de post-conflit, et nous devons donc renforcer les institutions de l’Etat afin qu’elles soient capables de fournir des services adéquats à la population.

 

LA : Ne pensez-vous pas que la RDC a besoin de réformes économiques et financières, comme au Nigeria et en Angola, pour appuyer et soutenir sa croissance ?

Dr NOI : En effet. Ce sont là des sujets que nous allons aborder avec le gouvernement congolais pour les aider à les mettre en place. Il faut des réformes vigoureuses qui pourraient profiter à la population, en mettant en place des plateformes de base comme nous l’avons réalisé au Nigeria. Et là je parle maintenant en tant que Nigériane, non plus avec ma casquette de directrice de la Banque mondiale, car au Nigeria nous avons dû mettre en place des réformes pour que la croissance et la reprise économique soit au rendez-vous. Et je crois que le gouvernement de la RDC s’est également engagé dans cette voie, et la Banque mondiale doit l’aider.

(lesafriques)



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Mis à jour ( Mercredi, 24 Septembre 2008 20:27 )  

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