Africtuel.com - Le regard africain

Home Actualités Maghreb Comment Alger subit un second âge du terrorisme

Comment Alger subit un second âge du terrorisme

Les attentats meurtriers ont fini par peser sur le moral des Algériens. Pour la première fois ils ont le sentiment qu’un nouveau cycle de violence a commencé là où ils attendaient la fin du précédent. Un basculement qui a échappé aux autorités.

La situation sécuritaire a subi une dégradation, sans précédent depuis huit ans, cet été dans la région centre de l’Algérie. Les seuls mois de juillet et d’août ont connu une vingtaine d’opérations terroristes, dont les plus dramatiques ont été trois attentats suicide en 24 heures, dont l’un, à l’entrée d’une école de gendarmerie aux Issers à 60 km à l’est d’Alger, a fait 48 morts et 41 blessés, le 19 août dernier. Cette évolution oblige les spécialistes à renouveler leur analyse sur la guérilla islamiste, née en 1992 en réaction à l’annulation par l’armée d’un processus électoral à l’avantage du Front islamique du salut (FIS) et qui a dégénéré dans un terrorisme d’une extrême violence. Une activité terroriste de « basse intensité » s’est poursuivie au-delà de l’année 2000-2001, qui a marqué l’entrée en vigueur de la concorde civile, une grâce amnistiante négociée avec l’aile la plus politique de l’insurrection islamiste, l’AIS. Cette perpétuation des opérations armées, qui a ciblé plusieurs fois des intérêts économiques étrangers dans une Algérie repartie sur le chemin de la croissance, a été le fait du Groupe salafi pour la prédication et le combat, le GSPC, une dissidence du GIA, la plus radicale des organisations. Alger a donné le sentiment de s’en accommoder et s’est lancée, au lendemain du 11 septembre 2001, dans un flirt poussé avec les services de sécurité occidentaux dans leur croisade contre le « terrorisme international ». Dans le même temps, le GSPC va connaître une lente évolution, qui de la négociation secrète pour la fin du djihad (2001) va l’amener dans le giron d’Al Qaida (2005), finissant même par prendre le sigle de l’Al Qaida au Maghreb islamique (AQMI). Ce sont, s’accordent aujourd’hui les observateurs, les conséquences de cette évolution qui ont échappé aux prévisions de la gestion politique du terrorisme en Algérie. L’opinion algérienne a perçu durant les dernières semaines, devant le spectacle des jeunes diplômés candidats à la gendarmerie déchiquetés aux Issers, le sentiment d’impuissance des autorités face à ce qui ressemble à un second âge du terrorisme « impensé et imprévu ».

Abou Moussaab, Al Qaida au Maghreb.

Abou Moussaab, Al Qaida au Maghreb.

Une réponse politique qui a vieilli

Le dernier bras de fer médiatique entre le ministre de l’Intérieur Yazid Zerhouni et l’émir de l’Al Qaida au Maghreb illustre bien la « plus grande modernité médiatique » de l’organisation terroriste qui lui permet de polémiquer « efficacement ».

« Le fait nouveau en 2008 est que pour la première fois le GSPC n’est, de fait, plus considéré comme la simple survivance du conflit armé des années 90, mais bien comme une donne propre à la situation des années 2000, avec le phénomène globalisant d’Al Qaida et de la croisade américaine en Irak et en Afghanistan », explique Salim B., journaliste spécialisé dans le dossier de sécurité.

Longtemps utilisée par la propagande officielle, jusque dans la seconde moitié de la première décénie des années 2000, l’expression « résidu du terrorisme », pour qualifier les attentats, a été abandonnée depuis une année. C’est le passage à des attaques kamikaze spectaculaires qui a, dès le printemps 2007, annoncé un nouvel âge du terrorisme islamique en Algérie, avec de nouvelles recrues, de nouveaux codes opératoires et une « actualisation idéologique » du discours djihadiste. Les attentats suicide visant des bâtiments officiels (palais du gouvernement, siège de la mission onusienne, conseil constitutionnel) dans la capitale, des casernements en Kabylie, et même la personne physique du président Bouteflika – attentat manqué en août 2007 à Batna dans l’est du pays – ont trouvé les autorités totalement démunies en moyens de réponse. Les Algériens étaient interloqués de voir le chef du gouvernement de l’époque, M. Abdelaziz Belkhadem, défendre devant ses bureaux fumants, après la terrible attaque de mai 2007, « la réconciliation nationale », un nom générique qui sert à solder les comptes des violences de la décennie 90. « Le gouvernement pense traiter l’ancien conflit alors qu’il est en face d’un nouveau. Son discours ne passe pas. Le GSPC mobilise et recrute avec les arguments d’Al Qaida, de la lutte contre les croisés et contre leurs soutiens dans les pays musulmans. Le gouvernement riposte en rappelant que les portes du repentir sont toujours ouvertes, une offre qui traite du passé. »

 Al Qaida plus « moderne » dans sa propagande

Des courants politiques hostiles à l’orientation « amnistiante » du président Bouteflika estiment que « la réconciliation nationale » a démobilisé la lutte anti-terroriste et donné l’occasion à des repentis de relancer le djihad, après leur élargissement en 2001 et 2006. Les statistiques ne le confirment pas. Elles montrent que les kamikazes ou les terroristes abattus dans les accrochages de ces trois dernières années sont pour leur majorité soit des « vétérans » des maquis qui ne se sont jamais rendus, soit, plus souvent encore, de jeunes nouvelles recrues. Et c’est sur ce front que l’imprévision politique des autorités algériennes est criarde. Car il n’y a pas seulement un vieillissement des « contenus propagandistes » pour circonscrire l’islamisme djihadiste auprès des plus jeunes, mais il existe aussi un anachronisme des supports du discours officiel face à la machine Al Qaida. D’un côté AQMI utilise le réseau planétaire de sites web islamistes radicaux plus ou moins proche d’Al Qaida pour répercuter communiqués, vidéos et photos de ses actions en Algérie. Sur les téléphones portables circulent, comme en Irak, les images des derniers attentats toujours soigneusement filmés. De l’autre côté, Alger s’est brouillée avec Al Jazeera, la plus grande télévison arabe – qui cite les communiqués de l’AQMI –, et s’est recroquevillée sur sa télévision publique de moins en moins regardée. Le dernier bras de fer médiatique entre le ministre de l’Intérieur Yazid Zerhouni et l’émir de l’Al Qaida au Maghreb illustre bien la « plus grande modernité médiatique » de l’organisation terroriste qui lui permet de polémiquer « efficacement » avec le ministre de l’Intérieur algérien. Celui-ci a déclaré sur les lieux de l’attentat des Issers que « les criminels s’en prennent à la population civile » : « Des candidats au recrutement à la gendarmerie ne sont pas des civils », a rétorqué le chargé de la communication de l’AQMI, repris aussitôt sur les sites et débattu dans les forums. Le numéro un de l’ex-GSPC, l’émir Droudkal, s’est même offert une pleine Une dans le New York Times au printemps dernier. Un « privilège » qu’aucun chef d’Etat algérien n’a jamais obtenu.

Par Ihsane El Kadi, Alger (lesafriques.com)



Shares:Google书签Yahoo书签雅虎收藏夹365Key网摘新浪ViVi百度收藏天极网摘diglog和讯网摘POCO网摘YouNote网摘博拉网天下图摘 spurl blogmarksBlinkListredditdiggDel.icio.us

Mis à jour ( Jeudi, 18 Septembre 2008 09:06 )  

Commentaires

Nom *
Email pour contrôle & Réponse
Adresse URL
Code   
ChronoComments by Joomla Professional Solutions
ENVOYER
EN COURS
FINI
ECHEC
Bannière

 

Barack Obama

Barack Hussein Obama (né en 1961) est un homme politique américain, membre du parti dém...

 

Théophile Mwené Ndzalé Obenga

Théophile Mwené Ndzalé Obenga, né à Mbaya, (République du Congo), le 2 février 1936...

 

RAMA YADE

Rama Yade est née en 1976 au Sénégal. Cursus Institut d’études politiques (IEP) d...

Newsletter


  • Connexion
  • Créer un compte
    Registration
    *
    *
    *
    *
    *
    Fields marked with an asterisk (*) are required.